Chronique de l'Archéologie wallonne - 20 - page 180

Liège
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Herstal/Herstal : fouille préventive
à l’arrière du musée communal,
choix de matériel
Denis Henrard, Jean-Marc Léotard
et Jean-Philippe Marchal
Les sources écrites attestent, pour la première fois en
723, l’existence d’un important centre domanial caro-
lingien à Herstal : ce dernier s’avère une des résidences
privilégiées de Charlemagne durant la première par-
tie de son règne (770-784) et garde une fonction de
résidence royale jusqu’au début du 10
e
siècle (Joris,
1973). Le toponyme suggestif de l’actuelle place Licour,
ainsi que son statut de centre seigneurial depuis le
MoyenÂge jusqu’à la fin de l’Ancien Régime permettent
sans doute d’y localiser ce palais carolingien, autour
de l’église paroissiale-mère Notre-Dame de la Licour.
Par ailleurs, une comparaison topographique avec les
villas d’origine carolingienne de Thionville et d’Alost
(De Meulemeester, 1995), suggère d’assimiler les rues
Derrière les Rhieux et L. Jehotte comme l’empreinte
parcellaire des limites de la résidence carolingienne,
probablement adossée en arc de cercle à la Meuse.
Jusqu’à présent, si ce n’est une intervention limitée
sur la « Tour Pépin » de la place Licour (Bolle & Léotard,
2010), aucune recherche extensive n’avait encore
permis d’appréhender la question d’un point de vue
archéologique. Le service de l’Archéologie (direction
extérieure de Liège 1) a donc saisi l’opportunité que
présentait la perspective de futurs travaux pour mener
une fouille préventive à l’arrière du musée communal
de Herstal, en bordure de la rue Derrière les Rhieux
(parc. cad. : Herstal, 1
re
Div., Sect. C, 3
e
feuille, n
o
786
m
).
L’intervention a débuté en été 2010 par l’implantation
de deux tranchées d’évaluation jusqu’au cailloutis de
Meuse, atteint à une altitude moyenne de 66 m. Un
décapage extensif sur une surface de 160 m
2
a été entre-
pris dans la foulée. Après une interruption de plusieurs
mois liée à des impératifs logistiques, les observations de
terrain ont été complétées par une dernière campagne
de fouille en automne 2011. L’étude des données de ter-
rain n’étant pas encore aboutie, la présentation actuelle
des résultats garde un caractère partiel et provisoire.
Néanmoins, on peut d’ores et déjà noter que, sur l’em-
prise de la fouille, aucun vestige du Haut Moyen Âge
n’a été mis au jour.
La base de la séquence stratigraphique correspond
à deux couches de nivellement attribuables au milieu
du 11
e
siècle, voire au 12
e
siècle, d’après la céramique
associée. Ces couches prennent directement place sur
un cailloutis de Meuse vierge de traces d’occupations
antérieures.
Des reliquats de constructions légères sur solins s’ins-
tallent sur ce nivellement. Ces structures consistent en
deux agencements rectilignes de blocs de grès grossiè-
rement équarris, et conservés sur une à deux assises de
hauteur (F06 et F07). L’espace compris entre ces deux
solins est marqué par une fine accumulation stratigra-
phique de lambeaux de sols successifs en terre battue
(F13). La céramique associée à l’occupation de ces solins
offre une fourchette de datation assez large, de la seconde
moitié du 13
e
siècle au 14
e
siècle. Cet aménagement de
solins paraît dédié à une occupation légère et non per-
manente, à mettre en relation avec l’utilisation du foyer
sur sol F11. Un second foyer sur sol (F12), observé au
sein du remplissage d’une fosse arasée, est antérieur au
solin F07, tandis qu’un troisième foyer (F08) recouvre,
lui, le niveau d’arasement du même solin.
Une phase postérieure à l’abandon des solins F06 et
F07 voit l’implantation d’une structure assez atypique,
F10, dont la fonction reste énigmatique. Il s’agit d’une
structure excavée de forme trapézoïdale, aux parois
construites à l’aide de maçonneries liées au mortier, et
dont le fond apparaît altéré par l’action du feu. Notons
que les parements internes de F10 ne paraissent pas,
eux, intensément rubéfiés. Si la présence d’une couche
de combustion cendreuse à la base de la structure
plaide bien en faveur d’une structure de combustion,
l’hypothèse d’une structure de stockage, au sol assaini
par l’action du feu, n’est pas à exclure. L’apport des
Herstal, Derrière les Rhieux. Implantation de l’intervention
au sein du parcellaire : 1. Emprise de l’intervention ; 2. Tour
Pépin ; 3. Église Notre-Dame de la Licour (infographie
F. Giraldo, serv. Archéologie, dir. ext. Liège 1).
Place Licour
L. Jehotte
Rue Derrière les Rhieux
La Meuse
Rue du Grand Puits
1
2
3
0 20 m
1...,170,171,172,173,174,175,176,177,178,179 181,182,183,184,185,186,187,188,189,190,...294
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