Le Grognon, berceau d’une capitale

Souvenez-vous… Les recherches archéologiques entreprises précédemment au Grognon avaient défrayé l’actualité et ému la population namuroise en 2000 par la découverte du corps d’un garçonnet âgé de 5 à 6 ans, inhumé sur les berges de Meuse, et retrouvé dans un état de conservation exceptionnel. D’autres sépultures l’entouraient, formant ainsi un petit groupe sépulcral, atypique et de premier intérêt.

Les recherches en cours ont révélé, en février 2018, deux nouvelles sépultures sur les berges de Meuse, au pied du Parlement wallon (ancien Hospice Saint-Gilles). La première abritait les ossements d’un adulte ; perturbée par la construction de la Première Enceinte, la tombe n’a malheureusement pas pu être étudiée dans des conditions optimales. La seconde a révélé le corps d’un enfant de petite taille (environ 90 cm), déposé en decubitus dorsal (allongé sur le dos), face à la Meuse. L’une des jambes était fléchie, du fait d’une fosse légèrement trop petite, dans laquelle le cadavre a été déposé sans cercueil. En première analyse, la taphonomie (évolution de la position des os post mortem) semble cependant indiquer qu’une couverture (végétale par exemple) avait été déposée sur le petit corps. Le geste démontre par conséquent qu’il s’agit d’une inhumation respectueuse. Aucun objet n’accompagne la dépouille. Le contexte chrono-stratigraphique permet de proposer provisoirement une datation à la fin du 7e ou durant le 8e siècle, en l’attente d’une confirmation par C14. 

La découverte d’une nouvelle sépulture d’enfant, au Grognon, relance la problématique passionnante de cette communauté, inhumant ses défunts sur les berges de Meuse, autour du 8e siècle.
Julie Timmermans © SPW/AWaP

Cette seconde sépulture d’enfant s’ajoute aux 9 inhumations enregistrées jusqu’à présent au Grognon, sur les berges de Meuse et à la confluence. Ces sépultures démontrent la persistance sur le site d’un groupe humain, même restreint, durant cette période généralement si mal documentée dans nos régions. Divers indices attestent même d’une activité commerciale maintenue, autour du port fluvial. Mais il s’agit surtout de sépultures « d’exception », dans le sens où elles dérogent aux règles en vigueur, par les rites funéraires, l’orientation et surtout l’emplacement choisi, en dehors de toute terre consacrée. En effet, d’autres sépultures entourent alors la petite chapelle Saint-Hilaire, fondée au centre du quartier durant le 8e siècle. Ainsi, deux communautés coexistent manifestement sur le portus namurois à la transition des périodes mérovingienne et carolingienne : l’une inhumant ses morts dans le cimetière, autour de l’édifice chrétien ; et l’autre qui en est visiblement exclue, confiant ses défunts aux berges du fleuve. Peut-être les études à venir permettront-elles d’en saisir les mobiles – ethniques, sociaux, confessionnels ou judiciaires…

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